Who Yuh Callin’ Nigga?

Ce weekend, j’ai croisé une connaissance sur le Boulevard Gambetta à Lyon. En fait, c’est le pote d’un pote. Nous ne nous connaissons qu’à peine. Le gars essaye donc de faire la conversation et me lance un « ça dit quoi négro? ». Tchié, Né-quoi? Je suis profondément outré! L’enfant-ci est fou?  A ma connaissance, nous n’avons jamais ramassé les mangues ensemble et encore moins taffé côte à côte dans une plantation de coton (ou de canne à sucre, au choix). D’où diable se permet-il de m’appeler « négro »?  Le diable danse le zouk dans sa tête ou quoi? Du coup je me fâche. Autour de moi les noirs qui ont assisté à la scène me fixent pour voir ma réaction et sont tous en mode « décède-le mon frère ». Moi-même; je suis déjà fâché! Sauf que le gars qui vient de me traiter de « négro » est franchement musclé! Si j’entreprends quoique ce soit à son encontre, moi-même je vais mourir dans mon propre film. Et puis, j’aspire à une mort plus souag que ça quand  même!

Du coup, je tchipe et je suis perplexe: soit je lasse l’affaire-ci glisser comme le gombo, soit je gronde et je menace d’alerter le conglomérat des Noirs Fâchés s’il résiste (Kirikou est petit mais il a des contacts hein). Avec beaucoup de poisse, il aurait pu tombé sur un afrocentriste en colère qui l’aurait sermonné, ou alors sur une âme émotive, un peu trop sensible, qui l’aurait correctement rossé. Bon, le tour-ci, le gars s’en sort bien mais, si j’étais aussi musclé que lui, je l’aurais correctement giflé!

Le “N word” – comme disent les Etats-Uniens – est employé sans ménagement entre noirs.

Non, en fait, c’est chacun qui gère le rapport qu’il entretient avec l’Histoire derrière ce mot.

La majorité ne le tolère d’aucune manière, beaucoup s’en contrecarrent, et une bonne partie – dont moi – sait se montrer pragmatique. Après, il y a bien des ayatollah conscientiseurs qui veulent tenir rigueur aux Africains qui l’emploient mais, ceux là peuvent toujours sauter et caler en l’air. En revanche, j’y vois personnellement un problème dans le fait qu’un Européen, Nord-Africain, Asiatique ou whatever qui n’est pas noir et que je côtoie à peine m’appelle affectueusement “négro”. Et c’est mon droit.

Que tu aies squatté l’album de Kanye West, Asap Rocky, que tu dunkes comme un Kangoo Junior ou que tu aies le boule de Nicky Minaj et une ribambelle d’amis Africains n’y changera rien. Je ne suis pas ton « négro ». Il faut l’accepter, c’est non négociable. Négro est (devenue) une appellation d’origine contrôlée.

Le Négro, ça s’apprivoise. C’est un peu comme avec les femmes: certaines gos s’autorisent – entre elles et/ou avec leur(s) éventuel(s) meilleur(s) ami(s) gay(s) – à s’apostropher “Bitch”, mais fais en de même que tu risqueras de perdre une dent en essuyant une gifle bien dosée.

En ce qui me concerne, pour que j’en arrive à ne plus systématiquement vouloir relever lorsqu’on m’interpelle par un “négro”, il faut que nous ayons fait un bout de chemin ensemble: que nous soyons amis. Là, tu auras même peut-être le droit de me charrier sur mon gros sexe, tandis que je rétorquerais amicalement “sois pas jaloux, face de craie”. Mais pas avant. De toutes les façons, singer les Africains Américains n’a jamais été mon fort. Moins je l’entends, mieux je me porte. Et quand bien même je concède enfin à une telle familiarité, j’y mets un point d’honneur à la soumettre à des conditions: jamais en public, et ce qui se passe entre nous, n’est valable qu’entre nous (sous-entendu: /!\ caution -A ne pas tenter de reproduire avec le premier noir venu).

Des fois, je me dis que si chacun ajoutait cette mention, ça nous évitera de tomber sur des plaisantins qui vous demandent de sourire dans l’obscurité parce que « oh putain, on te voit plus mec! »(Tu dis ça à qui imbécile? Hein?). En fait, cette mention figure dans ce que j’appelle la Charte de l’Amitié avec un Noir que je ferais désormais signer à mes connaissances, et dont voici un extrait:

Article 1:
Les Africains (noirs) ne sont pas des moutons. Ils diffèrent singulièrement les uns des autres.
Article 2.
Si par mégarde, j’interpelle mon présent ami Africain d’un affectueux négro et ce, en présence d’autres noirs, je suis au courant qu’il s’en lavera les mains et me laissera me démerder face à la colère des autres.

Article 3.
Je reconnais que l’expression « homme de couleur » insinue que l’Homme est originellement blanc et que le Négro-Africain ne serait qu’une version hors-série (extended version?).

Article 3 Bis.
Historiquement et techniquement, si on suit ce raisonnement, c’est plutôt l’inverse, non?
Article 4.
Je m’engage à parler de mon séjour à Dakar à tous ceux et celles que ça intéresse, et/ou au minimum à des sénégalais
Article 4 Bis.
Après tout, mon présent ami a fait une escale à Bruxelles en arrivant du Cameroun, mais il ne le rabâche pas à tout va!
Article 5.
Je ne tenterai en aucune manière de guetter mon ami, lorsqu’il pisse afin de vérifier le fondement du mythe.
Article 6.
Je promets de ne pas demander à mon présent ami noir comment il trouve une fille, juste parce qu’elle est noire, mais de me faire mon propre avis.
Article 6 bis
Bon, si elle est vraiment mignonne, je me pousse quand même pour lui laisser la place.

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